Réchauffement climatique : la RDC, un « pays solution » ?

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Alors que la planète subit de plein fouet les effets du réchauffement climatique – vagues de chaleur, inondations, sécheresses et crises alimentaires – la République démocratique du Congo (RDC) s’impose progressivement comme un acteur stratégique dans la lutte mondiale contre le dérèglement climatique. Souvent qualifiée de «pays solution», elle concentre des atouts environnementaux majeurs : la forêt du Bassin du Congo, deuxième poumon vert de la planète après l’Amazonie, d’immenses tourbières capables de stocker des milliards de tonnes de carbone, ainsi qu’un potentiel hydroélectrique exceptionnel grâce au fleuve Congo.

Un potentiel immense, une réalité fragile

La République démocratique du Congo (RDC), souvent présentée comme un « pays-solution » face au réchauffement climatique, incarne à la fois un potentiel écologique immense et une réalité environnementale fragile. Riche de 70 % des forêts du Bassin du Congo, d’importantes tourbières et de près de 10 % des réserves mondiales d’eau douce, le pays joue un rôle stratégique dans la séquestration du carbone, la préservation de la biodiversité et l’approvisionnement en minerais critiques tels que le cobalt, le lithium et le coltan, indispensables à la transition énergétique. Traversée par le majestueux Fleuve Congo, la RDC dispose en outre d’un potentiel hydroélectrique estimé à 100 gigawatts, soit environ 13 % du potentiel mondial, un atout majeur pour la production d’énergie propre.

Pourtant, derrière ces atouts considérables, le tableau demeure contrasté: déforestation accélérée, exploitation minière artisanale, pression démographique croissante et forte vulnérabilité aux catastrophes climatiques – érosions, inondations et dérèglement des saisons -fragilisent l’équilibre écologique national. A ces défis s’ajoutent des enjeux cruciaux de gouvernance, de financement climatique et de justice environnementale.

Comment transformer ce capital naturel exceptionnel en véritable levier de développement durable ? Les engagements internationaux suffisent-ils à protéger les écosystèmes congolais ? Et la communauté internationale est-elle prête à soutenir financièrement un pays dont la stabilité écologique bénéficie à l’ensemble de la planète ?

Selon l’ancienne vice-Première ministre en charge de l’Environnement et du Développement durable, Madame Eve Bazaiba: « la RDC entend précisément lier action climatique et lutte contre la pauvreté, notamment à travers le développement de systèmes agroforestiers durables et une gestion plus responsable des ressources naturelles ».

L’agriculture au cœur de la réponse climatique

A Kinshasa, lors de la VIe session du Comité de pilotage du Programme d’appui à la mise en valeur durable des zones de Savanes et de Forêts Dégradées (PSFD), le ministre d’Etat à l’Agriculture, Muhindo Nzangi, a posé les bases d’une stratégie claire: la lutte contre la déforestation passe par une transformation profonde des pratiques agricoles.

« L’agriculture doit jouer un rôle fondamental »,

a-t-il déclaré, avant d’ajouter:
« La dégradation des forêts a comme acteur principal l’agriculture. On ne peut pas envisager une réponse sur la reforestation ou l’arrêt de cette dégradation si l’agriculture ne joue pas un rôle fondamental. »

Dans les provinces du Kwilu et de la Tshopo, le gouvernement entend lier étroitement production agricole et préservation des forêts. L’objectif est double: réduire la pression sur le bassin du Congo tout en garantissant des revenus durables aux producteurs locaux.

Des ambitions élevées, des moyens limités

Malgré un financement initial de 8 millions de dollars, les autorités jugent les ressources insuffisantes face à l’ampleur des ambitions nationales. Le programme prévoit notamment la création de pépinières communautaires à grande échelle, avec des objectifs précis pour l’année en cours:

  • 200 000 plantules de café et cacao par territoire ;
  • 50 000 plantules de palmier à huile par territoire.

Le modèle d’« agrégation » adopté par le PSFD vise à accompagner les communautés locales de la plantation à la transformation et à la commercialisation de leurs produits. Une approche intégrée qui pourrait réduire l’agriculture itinérante sur brûlis.

« Cela permettrait, à terme, de sédentariser l’agriculture et de stabiliser le couvert forestier dans les zones dégradées »,

a souligné le ministre.

A la croisée des chemins

Entre opportunités économiques vertes, diplomatie climatique et impératif de protection environnementale, la RDC se trouve à un tournant décisif. Si elle parvient à concilier développement agricole, justice sociale et préservation de ses forêts, elle pourrait consolider durablement son statut de « pays solution ».

L’avenir climatique du monde se joue aussi au cœur du bassin du Congo. Et la trajectoire que prendra la RDC dans les prochaines années dépassera largement ses frontières.

                                                                                                       Jules KABIKA


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