
Le prix du cacao est en chute libre. Une tonne passe de dix mille deux cents à environs deux mille dollars américains. Selon la mercuriale des prix des principaux produits exportés par la RDC du 16 au 21 février 2026, 1kg de cacao se négocie entre 4,01 et 3,86 dollars. Cette tendance baissière inquiète les cacaoyers qui demandent au gouvernement de soutenir durablement la chaine de valeur du cacao. Pour comprendre la situation actuelle, nous avons rencontré un expert dans le domaine du cacao.
Journaliste : Pouvez-vous vous présenter ?
Thierry Munga : Je suis Thierry Munga, directeur de la Coopérative Amkeni Mkulima et chercheur au Centre d’Expertise en Gestion Minière de l’Université Catholique de Bukavu (UCB).
Journaliste : Quelle est la santé actuelle du secteur cacao ?
Thierry Munga : Le secteur traverse une période difficile, et pour en comprendre les enjeux, je m’appuie sur trois piliers : les défis structurels des pays producteurs, les facteurs internationaux et locaux, et les solutions applicables en RDC.
Journaliste : quels sont les défis auxquels fait face le secteur cacao
Thierry Munga : On entend souvent dire : « Quand le prix chute, c’est le principe de l’offre et de la demande ». Mais derrière ce cliché se cache une réalité plus complexe.
Dans des pays comme la Côte d’Ivoire et le Ghana, certaines régions sont encore affectées par le swollen shoot virus, le vieillissement des plantations et l’exode des jeunes vers les villes. L’activité cacaoyère devient souvent l’apanage des personnes âgées, tandis que les jeunes quittent les villages.
Journaliste : C’est donc cette situation qui conduit à la chute des prix?
Thierry Munga: Même si la production mondiale stagne, des spéculateurs internationaux exploitent la saturation des ports pour négocier les prochaines récoltes. Cette anticipation fragilise les prix, accentuant la baisse avant même la campagne à venir.
Journaliste: Donc ce sont plus les facteurs internationaux qui affectent le prix ?
Thierry Munga: En partie oui. On note l’absence de programmes continentaux pour stabiliser les prix et les interventions des ONGS ou coopératives sont souvent limités à l’échelle locale
Journaliste: Quid de facteurs aussi interne au contexte congolais ?
Thierry Munga : Pour le contexte, congolais, on note la chute du pris au niveau international. Il y aussi le problème lié à la qualité des produits à offrir. Elle est caractérisée par une fermentation incomplète, une humidité élevée. A cela s’ajoute l’isolement géographique et le coût élevé du transport de la zone de production au centre de transit. La situation sécuritaire est aussi un acteur très important pour le producteur du cacao.
Journaliste : Comme on le sait, le secteur de cacao est fait de beaucoup d’acteurs dont les intermédiaires. Comment cette situation peut influencer la chaîne de valeur du cacao ?
Thierry Munga : Dans ce secteur les producteurs ont un faible pouvoir de négociation. Ce qui donne du poids aux intermédiaires et conduit à une baisse du prix au niveau local. Les petits producteurs ne sont pas en contact avec l’acheteur. Ce qui est grand défi pour les producteurs.
Même si la production mondiale augmente, ces problèmes structurels amplifient la chute des prix sur le marché local.
Journaliste : Quelle solution pour la RDC
Thierry Munga : Même si le prix des fèves chute, les produits transformés comme la poudre et le beurre de cacao ne suivent pas forcément cette tendance, aujourd’hui, ils sont à 12 ou 15 USD par Kg. La demande pour ces produits reste forte, et les prix restent modérés à élevés. Investir dans la transformation locale peut donc créer de la valeur ajoutée et générer des marges supplémentaires, même en période de baisse des prix.
Journaliste : Vous avez cité des grands producteurs du cacao en Afrique, la RDC a-t-elle une potentialité dans le secteur de cacao.
Thierry Munga : Oui la RDC a un grand potentiel. Plus de 24 provinces ont des terres arables et disponibles pour la culture du cacao. La RDC a un climat favorable à la culture du cacao et de plus en plus on constate un intérêt croissant pour le cacao en agroforesterie
Journaliste : Face aux opportunités que présente la RDC et aux défis actuels quelles recommandations à formuler aux différents acteurs de cette chaîne de valeur ?
Thierry Munga : Si on veut tirer profit dans ce secteur, il faut renouveler les plantations à l’échelle continentale, renforcer la formation sur la fermentation et le séchage pour optimiser la qualité. Il faudra aussi structurer les coopératives, afin d’éviter les “coopératives de poche” contrôlées par des intermédiaires et en fin, améliorer l’accès direct au marché, sans passer par les intermédiaires qui exploitent les producteurs
Journaliste : Un mot de la fin ?
Thierry Munga : Le secteur du cacao en RDC est à un tournant. Avec des plantations renouvelées, des coopératives bien structurées et un investissement dans la transformation locale, il est possible non seulement de survivre à la chute des prix, mais aussi de créer une filière plus résiliente et profitable pour les producteurs.
Pour rappel, les fluctuations des prix du cacao ont un impact direct sur l’économie congolaise, fortement dépendante des exportations des matières premières.
En RDC, les principales zones de production de cacao sont situées dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Équateur.
D’après les données de la Banque centrale du Congo (BCC), les exportations de la filière cacao ont généré plus de 50 millions USD en RDC
En savoir plus sur Mkulima Média
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

