Le bassin du Congo est un grand puit de carbonne à travers le Monde derrière l’Amazone. A lui seul, il sequestre environ 160 millions de tonnes de dioxyde de carbonne. Malgré son importante, ses forêts reculent à une vitesse rapide affectant ainsi les moyens de subsistances de plus de 100 millions de personnes. Si dans les pays qui composent le bassin dont la RCA, le cameroun, la guinnée équatoriale, le Gabon, la République du Congo, la situation est alarmente, en RDC c’est de la catastrophique.
Selon un rapport de Global Forest Watch, en 2024, la République Démocratique du Congo (RDC) a franchi un seuil critique : jamais la perte de forêts primaires n’y avait atteint un tel niveau. Pivot écologique du Bassin du Congo – deuxième massif tropical de la planète et plus grand puits de carbone tropical net – le pays concentre à lui seul plus de 75 % des disparitions enregistrées dans la région. Cette trajectoire alarmante, alimentée par l’expansion agricole, la dépendance énergétique au bois et les dynamiques extractives, ne menace pas seulement la biodiversité et les moyens de subsistance de millions de Congolais : elle place la RDC face à une équation décisive entre impératifs de développement, souveraineté économique et responsabilité climatique mondiale.
Une responsabilité climatique mondiale concentrée en RDC
Bien que le Bassin du Congo demeure le plus grand puits de carbone tropical net de la planète, la RDC concentre à elle seule plus de 75 % des pertes de forêts primaires enregistrées dans la région. Deuxième plus vaste forêt tropicale primaire au monde après celle de Brésil, le pays joue un rôle stratégique dans la régulation du climat mondial, absorbant chaque année des millions de tonnes de dioxyde de carbone (CO₂).
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En 2024, la perte de forêts primaires a atteint un niveau record, confirmant une tendance haussière observée depuis plus d’une décennie. Cette dynamique fragilise un écosystème essentiel non seulement pour la biodiversité, mais aussi pour des millions de Congolais dépendants directement des ressources forestières.
Des provinces sous forte pression
La province de la Tshopo, la plus vaste du pays, enregistre les pertes les plus importantes. Au cours de la dernière décennie, elle a perdu en moyenne plus de 49 000 hectares de forêts primaires par an, avec un pic alarmant de 63 000 hectares en 2024. L’Équateur, le Mai-Ndombe, le Sankuru et le Maniema complètent le top 5 des provinces les plus touchées par la disparition des forêts primaires en RDC cette année-là.
Autour de Kisangani, l’expansion agricole destinée à approvisionner des centres urbains en pleine croissance accentue la pression sur les massifs forestiers. La déforestation ne progresse pas de manière homogène : elle se concentre principalement le long des axes routiers, dans les zones agricoles et dans les espaces en forte expansion démographique. Une dynamique qui illustre le lien étroit entre aménagement du territoire insuffisamment planifié et recul accéléré du couvert forestier.
Agriculture, énergie et mines : les moteurs de la déforestation
L’agriculture itinérante demeure le principal facteur de perte du couvert forestier en République démocratique du Congo. Comme l’affirme le rapport de Global Forest Watch :
« Dans l’ensemble, l’agriculture itinérante à petite échelle, une forme traditionnelle d’agriculture de subsistance qui consiste à défricher les forêts pour y effectuer des plantations temporaires, puis à les laisser en jachère pendant une période au cours de laquelle les forêts repoussent, reste le principal facteur de perte du couvert forestier dans une grande partie de la région ».
Autrement dit, une pratique ancestrale, longtemps équilibrée par les cycles de jachère, devient aujourd’hui problématique sous l’effet de la pression démographique et de la réduction des périodes de régénération.
A cela s’ajoute l’agriculture permanente en plein essor, dont les formes industrielles peuvent avoir des impacts plus graves et plus durables sur les forêts. En RDC, 15 % de la perte de couverture forestière entre 2001 et 2024 est attribuée à l’agriculture permanente, notamment à la culture du cacao, dont la production a fortement augmenté ces dernières années. Le rapport de Global Forest Watch souligne :
« La culture du cacao est en train de devenir un facteur de déforestation dans certains pays où elle est considérée comme une priorité par le gouvernement. En RDC, par exemple, la production de cacao a plus que quadruplé entre 2015 et 2023. Si la plupart des politiques soutiennent les systèmes de culture du cacao sous ombrage et intensifs, ceux-ci peuvent néanmoins entraîner une perte de forêt dans les paysages de forêts denses, tels que les provinces de la Tshopo et de l’Équateur en RDC… ».
Cette dynamique illustre le dilemme entre ambitions agricoles, diversification économique et préservation des forêts denses.
La production de charbon de bois constitue également une pression majeure. Près de 95 % de la population congolaise dépend de la biomasse pour ses besoins énergétiques, faisant du bois-énergie un moteur structurel de dégradation forestière, en particulier autour des grands centres urbains. Faute d’alternatives énergétiques accessibles, cette dépendance entretient un cercle vicieux entre pauvreté énergétique et déforestation.
Par ailleurs, si l’exploitation minière directe représente une part relativement limitée des pertes, ses impacts indirects – ouverture de routes, installation de campements, développement d’activités connexes – amplifient considérablement la dégradation des forêts. Selon le rapport de Global Forest Watch :
« Par exemple, des données récentes montrent que l’exploitation minière artisanale provoque 28 fois plus de déforestation que l’exploitation directe de la zone minière elle-même ».
Ainsi, au-delà des sites d’extraction, c’est toute une économie informelle qui fragilise les écosystèmes forestiers.
Selon les données de Global Forest Watch, ces dynamiques combinées – agriculture itinérante, agriculture permanente, production de charbon de bois et expansion minière – placent régulièrement la RDC parmi les pays tropicaux enregistrant les plus fortes pertes annuelles de forêts primaires, confirmant l’ampleur structurelle du défi.
Concessions forestières : un potentiel encore fragile
Environ 20 % du couvert forestier national relève aujourd’hui de statuts légaux, notamment les Concessions Forestières des Communautés Locales (CFCL), les concessions d’exploitation ou les aires protégées. Sur le papier, ce dispositif traduit une volonté d’encadrer la gestion des forêts. Dans les faits, les résultats restent contrastés.
« Les taux de perte les plus faibles sont observés dans les aires protégées, avec seulement 0,26 %, soit près de trois fois moins que dans les concessions forestières communautaires et les concessions d’exploitation forestière »,
souligne le rapport de Global Forest Watch, illustrant l’efficacité relative de ces zones en matière de conservation.
A l’inverse, les taux les plus élevés de perte de couvert forestier – toute perte de couvert forestier, pas seulement la perte de forêts primaires – sont enregistrés en dehors des aires protégées. Les concessions d’exploitation forestière (0,76 % par an) et les concessions forestières communautaires locales (0,61 % par an) figurent parmi les espaces les plus exposés. Ces chiffres mettent en lumière les limites du cadre légal lorsque le contrôle, les moyens techniques et la gouvernance ne suivent pas.
Les CFCL, renforcées depuis le décret de 2014, représentent pourtant une avancée majeure pour la reconnaissance des droits coutumiers et l’implication des communautés dans la gestion des ressources. Leur superficie est passée de moins d’un million à près de 4,5 millions d’hectares en une décennie, signe d’un engouement croissant pour ce modèle participatif. Toutefois, l’insuffisance d’investissements dans la gestion durable, l’accompagnement technique limité et les difficultés d’accès au financement freinent encore leur capacité à concilier conservation et développement économique local.
Entre ambition communautaire et réalités de terrain, les concessions forestières illustrent ainsi le paradoxe congolais : un potentiel considérable pour protéger les forêts, mais une mise en œuvre encore fragile face aux pressions économiques et démographiques.
Un tournant stratégique pour la RDC
Entre engagements climatiques internationaux, processus REDD+ et efforts d’aménagement du territoire, la RDC se trouve à un moment décisif. La protection de ses forêts ne relève pas uniquement d’un enjeu environnemental, mais d’un choix stratégique de développement.
La question centrale demeure : comment transformer cet immense capital forestier en levier de croissance inclusive, tout en garantissant la résilience climatique et la souveraineté écologique du pays ?
Jules KABIKA
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