Une étude portant sur douze rivières prenant leur source dans le Parc national de Kahuzi‑Biéga (PNKB) et se jetant dans le lac Kivu révèle un état contrasté : si la plupart des cours d’eau continuent d’apporter des services essentiels aux communautés riveraines, trois d’entre eux entre autres Kabindi, Luzira et Mpungwe sont fortement dégradés par des pressions découlant des activités humaines. Ces tronçons fragilisés exigent une intervention urgente, tant pour préserver la biodiversité que pour sécuriser un potentiel hydroélectrique prometteur en faveur des communautés locales.
L’état des rivières Murhundu, Mushuva, Mpungwe, Chanderema, Nyabaciwesha, Langa, Lwiro, Kabindi, Nyawarongo, Cirhanyombwa et Luzira a été évalué depuis leur source dans le PNKB jusqu’à leur embouchure dans le lac Kivu. L’étude a porté sur l’état des lits et berges, l’impact des activités humaines et les services écosystémiques fournis dont la protection contre l’érosion, l’approvisionnement en eau, l’habitat pour la biodiversité, le potentiel énergétique.
Les rivières étudiées traversent des zones protégées et des terroirs agricoles dans les territoires de Kabare et Kalehe dans le Sud‑Kivu.
Trois rivières notamment Kabindi, Luzira et Mpungwe présentent un état critique : lits remblayés, berges dénudées, disparition de la végétation rivulaire et perte de biodiversité. Ces altérations sont principalement attribuées à des activités anthropiques dont la coupe de végétation, des expansions agricoles non réglementées, des dépôts de matériaux ainsi que les ravinements liés à l’érosion.
Les autres rivières présentent des dégradations variables mais restent globalement moins affectées, offrant une base pour des mesures de protection préventive.
Plusieurs raisons expliquent l’urgence liée à l’inquiétude de ces rivières :
Premièrement la perte graduelle de la fonction écologique : la ripisylve ou végétation des berges est essentielle pour filtrer les sédiments, stabiliser les rives et maintenir la qualité de l’eau ; sa disparition favorise l’érosion et la turbidité.
Deuxièmement, le menace sur la biodiversité : concernant l’habitat des espèces aquatiques et terrestres, ces rivières voient leur diversité s’éroder avec la destruction des berges.
Troisièmement, des risques pour l’agriculture et les communautés : le déplacement du lit, des inondations localisées et la dégradation des sols réduisent les rendements et exposent aux conflits d’usage.
Quatrièmement, le potentiel hydroélectrique compromis : les rivières Kabindi, Luzira et Mpungwe ont un fort potentiel en énergie hydraulique visiblement à cause de la vitesse et la grande quantité de l’eau qu’elles font arriver au lac Kivu. Cependant leur dégradation compromet la faisabilité et la durabilité de tout projet d’aménagement énergétique.
Si rien n’est fait les effets actuels et futurs seront probablement :
A court terme : il y aura l’augmentation de la turbidité, la réduction de la disponibilité d’eau de bonne qualité pour usages domestiques et agricoles, la mortalité locale d’espèces sensibles.
A moyen et/ou long terme : des déplacements de lits seront observés de nouveau avec la perte de terres agricoles, l’amplification des risques de sécheresse locale et d’évènements extrêmes ainsi que l’effondrement des possibilités de production d’énergie propre à partir de ces cours d’eau.
Comme solutions envisageables, cette étude recommande une stratégie intégrée, mêlant conservation, restauration, gouvernance locale et développement durable :
- Renforcement de la conservation du PNKB.
- Reboisement et restauration des ripisylves par des campagnes ciblées de reboisement le long des berges dégradées avec des espèces locales adaptées.
- Gestion participative des terres riveraines
- Mesures pour préserver le potentiel hydroélectrique : protections préalables des bassins en amont tout en favorisant des projets de petite hydroélectricité conformes aux normes environnementales et gérés localement avec garanties de restauration des berges.
- Lutte contre l’érosion et planification agricole par la promotion des pratiques agricoles conservatrices, des cultures de couverture, l’agroforesterie pour réduire le ruissellement et l’érosion.
Les autorités locales des territoires de Kabare et Kalehe soutenues devraient adopter des arrêtés de protection des berges, faciliter la mise en place des zones tampons dans les zones parcourues par ces différentes rivières. Quant aux ONG et bailleurs, ils doivent intervenir en faveur de l’environnement pour cofinancer le reboisement et autres études pour que les communautés puissent restaurer, respecter les zones, et adopter des pratiques durables en leur faveur et en faveur de la biodiversité.
Selon les propos recueillis par un responsable local de la conservation et renchéris par le chercheur Emmanuel Basoda : « La survie des rivières Kabindi, Luzira et Mpungwe est cruciale : protéger leurs berges, c’est préserver la biodiversité, l’eau potable et un potentiel d’énergie propre pour nos communautés » Si rien n’est fait, les dommages seront irréversibles : perte de services écosystémiques, baisse des rendements agricoles, risque sanitaire et disparition de potentialités énergétiques locales. L’heure est à la mobilisation immédiate des autorités, des ONG et des communautés pour sauver ces rivières et les bénéfices qu’elles offrent.
Emmanuel K.
En savoir plus sur Mkulima Média
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

