Alors que la population de Kamanyola dans le territoire de Walungu, 50 kilomètres au sud de la ville de Bukavu, chef-lieu du Sud-Kivu, dans l’Est de la République démocratique du Congo, s’apprêtait à aborder la saison culturale A qui va de septembre à janvier, la présence accrue de vaches venues d’Uvira et de la plaine de la Ruzizi avec des déplacés de guerre au mois de mai dernier compromet la campagne agricole.
Estimé à plus de 100.000 habitants, Kamanyola, groupement à vocation agricole, situé à une position stratégique à la triple frontière entre la République démocratique du Congo, le Rwanda et le Burundi, ne dispose pas de pâturage suffisant.
Des vaches en divagation
Plus de 20.000 têtes de bétail ravagent les champs. Le pire se dessine si l’activité agricole reste bloquée, alors qu’elle constitue la principale source de revenus de la population.
« Les gens se sont déplacés de la plaine de la Ruzizi avec leurs bêtes. Les vaches ont débordé jusqu’à manquer de pâturage, c’était au moment où les cultures étaient encore dans les champs. Elles ont tout ravagé, surtout le maïs et le manioc, vraiment les gens ont tout perdu. Il y a plus de 20.000 têtes venues de Mutarule et d’ailleurs« , déplore Ndondo Marie-Claire, agricultrice de Kamanyola.
Les organisations de producteurs, regrettent de voir que plusieurs champs de maïs et d’autres cultures de leurs membres ont été ravagé par ces vaches.
« Le déplacement des vaches de la plaine vers Kamanyola a ravagé les champs de maïs, de haricots et de bananiers. Maintenant, trouver la bouture de manioc, c’est difficile. Aussi, pas de pluie, la faim va nous tuer« , déclare Masumbuko Migendo, de l’Association des Cultivateurs pour le Développement des Cultures Maraîchères et Elevages (ACDCME) de Kamanyola.
« Ce sont les vaches qui viennent de partout dans la plaine et qui appartiennent aux déplacés de guerre », ajoute Murhula Ntamulenga Pascal, de l’Organisation Paysanne Mapendo des Jeunes de Kamanyola.
Le Barza intercommunautaire appelle au dialogue

Pour apaiser le conflit entre éleveurs et agriculteurs à Kamanyola, plusieurs réunions, dialogues communautaires et séances de médiation majeures se sont tenus particulièrement en mai et juin 2026, à l’approche de la transhumance, période pendant laquelle des troupeaux de vaches piétinent les cultures de manioc et de maïs et poussent les agriculteurs à des récoltes prématurées.
« Le Barza intercommunautaire invite les agriculteurs-éleveurs et la population en général à savoir que seul le dialogue peut trouver des solutions au problème de divagation des bêtes à Kamanyola. Des déplacés sont venus en masse à Kamanyola avec leurs bêtes. Leur présence ne doit pas être source de conflit, ils sont aussi habitants de Kamanyola jusqu’à présent. Notre souhait est de voir les agriculteurs accéder facilement à leurs champs et les éleveurs disposer de pâturages« , a indiqué Bulambo Wilondja Cyprien, président du Barza.
« Malgré les tentatives pour apporter des solutions à ce problème, rien ne se manifeste sur le terrain », regrette Nsimire Neema, une habitante de Kamanyola.
Le chef de cité de Kamanyola se veut rassurant.
Selon Hassan Shabani, chef de cité de Kamanyola, la question du conflit entre éleveurs et agriculteurs au sujet de la divagation des bêtes et la présence accrue de plusieurs têtes de bétail à Kamanyola a trouvé une solution.
« Nous invitons la population à aller cultiver leurs champs. L’endroit où seront délocalisées ces vaches est déjà trouvé. Nous avons des hectares pour accueillir plus de dix mille têtes de bétail au niveau de Kamonyi, à Katogota, afin d’éviter le conflit entre éleveurs et agriculteurs. Le propriétaire de la bête en divagation qui sera attrapé en train de détruire les cultures sera puni sévèrement. Ils sont avertis« , rassure Hassan Shabani, chef de cité de Kamanyola.
Sécheresse prolongée : le calendrier agricole perturbé
En plus de la divagation des bêtes, la perturbation climatique affecte aussi les agriculteurs de Kamanyola et environs.
« Il y a aussi une perturbation climatique avec la saison sèche prolongée. La famine est à la porte. Le pire se dessine, on ne sait pas qui peut nous venir en aide », craint Ndondo Marie-Claire, agricultrice de Kamanyola
A Kamanyola, les semis commencent habituellent à la mi-septembre. Or, à la fin du mois d’octobre, les précipitations restent insuffisantes, alors que les agriculteurs disposent de très peu de moyens d’irrigation.
« La perturbation du calendrier agricole à Kamanyola, marquée par un retard prolongé des pluies, complique le premier labour et les semis du maïs, du manioc, du haricot et du riz », alerte Pierrot Mushigo, de la société civile environnementale de Kamanyola.
Dans les quartiers de Kafunda, Rubumba et Nyarubale, autrefois très actifs dans l’agriculture, la sécheresse décourage fortement les producteurs. Au-delà du conflit entre éleveurs et agriculteurs, cette situation fait craindre une baisse de la production et une éventuelle crise alimentaire.
« La hausse des prix des produits agricoles au grand marché de Kamanyola constitue déjà un signal préoccupant », a-t-il fait savoir.
« Nous recommandons aux agriculteurs d’adapter leur calendrier aux conditions météorologiques, de privilégier des variétés tolérantes à la sécheresse, d’irriguer les champs par les rivières Luvunvi et Ruzizi et de renforcer les pratiques de conservation de l’humidité des sols. Nous appelons également la population à éviter les feux de brousse afin de préserver les terres agricoles et les écosystèmes », conclut-il.
Un grenier agricole menacé
À Kamanyola, dans la plaine de la Ruzizi, les principales cultures pratiquées se divisent en cultures vivrières et en productions maraîchères de basse altitude : la tomate, culture maraîchère la plus importante et la plus répandue ; le manioc, culture vivrière majeure exportée vers le Rwanda et le Burundi ; le maïs et le haricot, très largement cultivés, souvent associés à la tomate ou à l’aubergine ; et la patate douce, valorisée pour ses qualités nutritionnelles.
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