Plus de six mois après les activités dites du « mois vert » dans la ville de Bukavu, les résultats sont mitigés. Si pour certains, la Coopération suisse et ses partenaires ont échoué, pour d’autres, l’initiative est un succès. Pour comprendre l’état des lieux de ces activités, le groupe de presse deboutrdc.info et mkulima.net a rencontré la Coopération suisse à son bureau de Muhumba, sur l’avenue Lundula, à Bukavu, chef-lieu Sud-Kivu, dans l’Est de la RDC.
Journaliste : Pourquoi avoir initié ce mois vert ?
André Daniel Müller, Chef adjoint de Coopération, Bureau de la Coopération Suisse en RD Congo : Le Mois vert était une initiative de sensibilisation visant à informer l’ensemble des couches de la population sur les effets de la pollution environnementale sur la santé humaine. L’objectif était d’encourager une réflexion collective sur les pistes de solutions pouvant être mises en œuvre, tant par les pouvoirs publics que par la population.
Journaliste : Êtes-vous satisfait des résultats obtenus ?
André Daniel Müller : Compte tenu de la courte durée de l’initiative (un mois), les résultats attendus ont été atteints de manière satisfaisante pour l’ensemble des parties prenantes.
Journaliste : Quels ont été les principaux acquis de cette campagne ?
André Daniel Müller : Parmi les principaux acquis, on peut notamment relever la sensibilisation de milliers d’étudiants du secondaire et de l’université, ainsi que du grand public, aux liens entre pollution, gestion responsable des déchets et santé publique, à travers des séances dans les écoles.
Journaliste : Pourquoi était-il crucial d’insister sur cet aspect sanitaire ?
André Daniel Müller : Parce que les problèmes environnementaux non résolus ont un impact grave, non seulement sur la qualité de vie des habitants, mais aussi sur la santé publique à Bukavu. Une ville sans assainissement et sans plan de gestion des déchets, où tout est déversé dans le lac, expose ses citoyens à de graves risques sanitaires et à la propagation de maladies ou d’épidémies.
Journaliste : Quelles autres avancées avez-vous notées sur le terrain ?
André Daniel Müller : Nous avons observé une forte mobilisation communautaire et une appropriation des activités par les services étatiques, les structures de base, les médias, la société civile, les écoles, le Conseil provincial de la jeunesse et les confessions religieuses. Par ailleurs, nous avons réussi l’arborisation de certains axes routiers dans le centre de Bukavu et la création de parcelles ornementales sur des sites auparavant utilisés comme dépotoirs publics, notamment au niveau des ronds-points.
Journaliste : Quelle a été l’implication de l’autorité urbaine et des organisations d’assainissement ?
André Daniel Müller : Nous avons noté une réelle implication de la mairie et des associations actives dans l’évacuation des déchets. Cette dynamique a d’ailleurs conduit à la création d’une plateforme d’acteurs du secteur et à l’émergence d’une nouvelle synergie entre les évacuateurs.
Journaliste : Cette synergie s’est-elle maintenue après la fin de la campagne ?
André Daniel Müller : Malheureusement, quelques mois plus tard, une décision de l’autorité municipale accordant à une seule entreprise le monopole de la collecte des déchets sur l’ensemble de la ville a remis en question cette dynamique.
Journaliste : Certains chercheurs estiment que planter des arbres en mars, un mois chaud, était un choix inadéquat. Le problème réside-t-il dans la période choisie ou plutôt dans le manque de suivi ?
André Daniel Müller : Le problème ne réside pas dans la période choisie : le mois de mars correspond à la saison des pluies et n’est pas particulièrement chaud selon les conditions climatiques de Bukavu. Le défi se situe effectivement ailleurs.
Journaliste : Toute œuvre humaine ayant ses limites, quelles ont été celles du Mois vert ?
André Daniel Müller : La première limite a été la durée du suivi. Le plan élaboré a été mis en œuvre jusqu’à la fin du mois d’avril 2026. Cette période apparaît relativement courte au regard des activités de reboisement réalisées et de la nécessité d’accompagner la croissance des jeunes plants sur une période plus longue.
Journaliste : Avez-vous également constaté une défaillance dans la protection de ces arbres par la suite ?
André Daniel Müller : Effectivement, on peut citer le relâchement de certains cadres de base sur les sites reboisés. Malgré les engagements pris par les autorités locales, la protection des arbres contre les dégradations et l’arrosage régulier des plantules n’ont pas toujours été assurés de manière effective.
Journaliste : Si une nouvelle édition devait être organisée, quelles erreurs principales souhaiteriez-vous corriger ?
André Daniel Müller : Parler d’erreurs n’est peut-être pas le mot juste. Le Mois vert a été un succès en termes de sensibilisation de vastes couches de la population et des autorités aux défis environnementaux de Bukavu.
Journaliste : Bien des acteurs pensaient qu’il s’agissait d’un programme pérenne et ont été surpris par la fin brusque des activités. Que leur répondez-vous ?
André Daniel Müller : Le Mois vert était avant tout une initiative ponctuelle de sensibilisation et de mobilisation, et non une formule magique pour résoudre tous les problèmes du jour au lendemain. L’objectif principal était de lancer le débat, de susciter une prise de conscience et d’encourager une réflexion collective. À présent, l’enjeu consiste à capitaliser sur cette dynamique : un suivi coordonné entre autorités, milieu académique et société civile est nécessaire pour identifier des solutions durables et réalistes.
Journaliste : Quel message adressez-vous à tous ces acteurs pour la pérennisation des acquis ?
André Daniel Müller : Aux uns et aux autres, nous recommandons de renforcer la collaboration autour d’objectifs communs. Le travail en synergie améliore la qualité des interventions. Il est aussi essentiel d’intégrer concrètement la protection de l’environnement et le reboisement dans les plans de développement urbains et communaux.
Journaliste : Un mot spécifique pour les médias ?
André Daniel Müller : Les journalistes doivent poursuivre l’information et la sensibilisation sur la gestion des déchets. Les difficultés observées à Bukavu sont en partie liées à un déficit d’information. Bien sûr, cette communication doit être accompagnée de mesures concrètes de la part des autorités pour instaurer durablement de bonnes pratiques.
Journaliste : Y aura-t-il une autre édition du mois vert ?
André Daniel Müller : Nous envisageons de mener un autre mois de ce type dans les prochains jours, mais sur une thématique différente de celle-ci, qui a déjà atteint ses objectifs de sensibilisation.
Journaliste : Certaines personnes disent que la Coopération suisse a affecté plusieurs millions de dollars aux activités du Mois vert. Si ce n’est pas un secret, quel a été le budget réel de cette campagne ?
André Daniel Müller : Nous avons mobilisé 140 000 francs suisses (environs 177.000 dollars américains) que nous avons répartis entre les cinq blocs qui ont mené les activités pendant ce mois.
Journaliste : Monsieur Daniel Müller, nous vous remercions.
André Daniel Müller : C’est moi qui vous remercie.
De deboutrdc.info et mkulima.net
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