Bukavu : LHAGREN forme une trentaine d’acteurs en économie circulaire
Une trentaine d’acteurs engagés dans la valorisation des déchets biodégradables et non biodégradables ont participé activement à un atelier de capacitation consacré à la gestion durable des déchets solides selon l’approche de l’économie circulaire. Parmi les participants, on comptait 14 femmes. Organisé par la GIZ, sous la facilitation du Laboratoire d’Hydrobiologie, d’Aquaculture et de Gestion des Ressources Naturelles (LHAGREN), cet atelier s’est tenu du 21 au 27 octobre 2026 à l’hôtel Bulungu, situé dans la ville de Bukavu, au Sud-Kivu, en République démocratique du Congo.
Des déchets partout

Le professeur Akonkwa Balagizi, directeur du LHAGREN, qui a présidé les séances de formation, a expliqué que les déchets solides plastiques et biodégradables issus des activités des agglomérations de la ville de Bukavu se retrouvent dans les caniveaux et que, sous l’effet du ruissellement, une grande quantité finit par atteindre le lac Kivu et la rivière Ruzizi.
« Ces déchets entraînent des perturbations sur la qualité des eaux et perturbent le fonctionnement normal de l’usine des centrales hydroélectriques Ruzizi 1 et 2 », explique le directeur du LHAGREN.
Il ajoute que les acteurs susceptibles d’apporter une solution sont notamment les valorisateurs de déchets, car l’État, à lui seul, ne parvient pas à résoudre le problème. « C’est ce qui nécessite une formation des organisations engagées dans différentes étapes de la chaîne de gestion des déchets solides. »
Les déchets font des victimes
Pour le professeur Akonkwa Balagizi, directeur du laboratoire LHAGREN, cette formation en gestion des déchets permet d’outiller les acteurs du secteur privé afin qu’ils contribuent à la protection du lac Kivu et de la rivière Ruzizi tout en gagnant de l’argent.
« Cette formation a pour visée d’aller jusqu’à la protection du Lac Kivu et de la rivière Ruzizi qui sont les grands récepteurs des déchets qui viennent de la ville de Bukavu », renseigne Balagizi.
La gestion des déchets solides constitue un enjeu environnemental majeur dans la ville de Bukavu, où leur tri, leur collecte, leur traitement et leur valorisation représentent à la fois un défi et une opportunité pour les entrepreneurs locaux.
Des déchets, de l’or négligé
L’approche de l’économie circulaire encourage, en effet, à considérer les déchets non plus comme des produits qui n’ont qu’une seule vie et finissent au rebut, avec une utilité négative, mais aussi comme des ressources susceptibles d’être valorisées, c’est-à-dire de devenir utiles et de générer une valeur positive. Elles peuvent être réutilisées, recyclées ou transformées en nouveaux produits, avant de retourner à la terre, a insisté Bintundu, l’un des formateurs. Cette démarche peut contribuer à réduire la pollution, à préserver les ressources naturelles et à développer des opportunités économiques locales.
« J’ai beaucoup apprécié l’engagement des participants à l’atelier, donc des acteurs qui ont posé des questions, qui ont fait des suggestions aux formateurs et nous pensons que cette formation va beaucoup les aider dans l’amélioration de leurs activités sur le terrain », a estimé le professeur Akonkwa Balagizi, directeur du LHAGREN.
Les participants ont été outillés sur les notions de tri à la source, de précollecte, de collecte, d’évacuation, de traitement (gestion proprement dite) et, enfin, d’élimination finale ou de transformation des déchets en ressources utiles.
Vivre de son entreprise
Outre les organisateurs, l’équipe pédagogique a confirmé avoir outillé les participants à travers différents thèmes afin de leur permettre de mieux gérer leurs entreprises. L’ingénieur Alex Ifundo, l’un des formateurs, donne ses appréciations :
« Nous pensons que les participants ont apprécié la matière que nous avons dispensée. Et cette matière a rencontré le besoin des apprenants étant donné que plusieurs thèmes ont été développés et discutés comme la gestion durable et la valorisation des déchets solides urbains, l’économie circulaire, la sauvegarde environnementale et sociale, le business plan, le marché numérique, le leadership, la création des entreprises, l’entreprenariat et le management. »
Les aspects de la gestion selon les principes de l’économie circulaire concernent d’abord la protection de l’environnement, notamment celle du lac Kivu et de la rivière Ruzizi. Une bonne gestion des déchets doit contribuer à faire avancer l’économie et à aller plus loin.
« Les déchets ne doivent plus être gérés pour qu’ils puissent encore revenir dans l’environnement. Et c’est à ce niveau-là que l’aspect économie circulaire nous a intéressé parce que lorsqu’on gère les déchets selon les principes de l’économie circulaire, là on se rassure que ces déchets soient employés et réutilisés pour créer d’autres produits de valeur économique », a ajouté le facilitateur, le professeur Akonkwa Balagizi.
Une formation utile
Pour les participants, cet atelier représente une occasion d’acquérir de nouvelles connaissances, de confronter leurs expériences et d’identifier des pistes d’amélioration pour leurs entreprises.
Les échanges et les visites de terrain leur ont permis de mieux comprendre l’intérêt d’une gestion intégrée des déchets, depuis leur collecte jusqu’à leur transformation en produits réutilisables ou commercialisables.

Selon Aline Nyamulemi Burume, responsable de l’entreprise Actions Globales pour le Développement Durable (AGDD), la formation a été très utile pour elle. Elle sera également bénéfique à son équipe.
« Cette formation m’a touché, j’ai beaucoup aimé parce qu’on m’a appris comment on fait le plan d’affaire de gestion des déchets selon l’économie circulaire, comment on peut chercher les preneurs et différents clients de nos produits en ligne. C’était bien. Je propose qu’à la prochaine occasion la formation ait plus de jours pratiques que théoriques. »
Son entreprise fabrique des pavés à partir de déchets plastiques. Cependant, elle reconnaît rencontrer des difficultés liées au manque de matériel et de financement, ainsi qu’à l’absence de débouchés réels et réguliers.
Une formation qui élargit le réseau
La formation, qui a répondu aux aspirations des participants, a suscité de nombreuses réactions. Joëlla Buhendwa, ingénieure agronome et présidente de l’entreprise ASTIFERME, produit des asticots à partir des mouches soldats noires pour nourrir les porcs, les poissons et la volaille. Ces mouches décomposent également les déchets organiques afin de produire du compost et de l’engrais de bonne qualité destiné aux maraîchers.

« Une formation bénéfique parce qu’on a beaucoup appris dans le cadre de la gestion des déchets. On a compris que les déchets ne sont pas seulement déchets mais ils ont une valeur ajoutée. Il suffit de savoir comment les valoriser. Grâce à cette formation, on a également pu être en contact avec plusieurs valorisateurs des déchets », affirme Joëlla.
Elle suggère, afin de renforcer leurs initiatives sur le terrain, qui restent limitées, que les organisateurs les accompagnent techniquement, matériellement et financièrement dans le cadre de la consolidation des initiatives locales de valorisation des déchets.
« Le développement de ce secteur nécessite notamment des compétences techniques, un accompagnement adapté, des moyens matériels et une collaboration entre les différents acteurs concernés », ajoute Joëlla.
Moïse Cibalonza, représentant de Congolese Discovery, une entreprise qui œuvre dans la valorisation des déchets plastiques en carburant, s’est dit motivé à acquérir de nouvelles compétences à mettre en pratique.
« J’ai aimé la qualité de présentation, les échanges d’expériences et les explications pratiques de gestion et de la valorisation des déchets solides à Bukavu. J’ai renforcé mes connaissances sur le rôle de l’économie circulaire dans la protection de l’environnement et la création d’opportunité économique. »
Des visites sur le terrain pour relier la théorie à la pratique
Après les séances en salle, les participants sont descendus sur le terrain pour toucher du doigt les réalités du secteur.
La dernière journée a été consacrée à des visites des sites d’entreprises dans la ville de Bukavu et à Kashusha, situé à 26 km au nord de la ville.
La visite a commencé par le site de valorisation des déchets plastiques en pavés, géré par l’entreprise Actions Globales pour le Développement Durable (AGDD), situé dans l’enceinte de l’aumônerie protestante de l’Institut supérieur pédagogique (ISP/Bukavu). Sur ce même site, d’autres entrepreneurs ont également exposé leurs savoir-faire en matière de valorisation des déchets. L’entreprise ASTIFERME y a présenté le processus de production des asticots et du compost grâce à l’élevage des mouches soldats noires, qui décomposent les déchets biodégradables. L’entreprise CONGOLESE DISCOVERY, qui a également participé à cette visite, a démontré le processus de production du carburant à partir des déchets plastiques.
Le deuxième site visité appartient à l’organisation Vivre dans la Dignité en Afrique (VDA-RDC), qui travaille en partenariat avec l’entreprise de production Rain Bow of Kongo (RBK) pour transformer les déchets plastiques en granulés.

Cette organisation est un acteur majeur de la valorisation des plastiques, car elle transforme une importante quantité de déchets plastiques dans la ville de Bukavu. Son site est situé dans l’enceinte de la Société nationale des chemins de fer du Congo (SNCC).

Sur ce site, l’entreprise PLASTYCOR a également exposé des poubelles et des chaises fabriquées à partir de bouteilles plastiques, ainsi que des mallettes, des porte-monnaie, des sous-plats issus de sachets et d’autres objets d’art destinés à la décoration.
La séance de formation s’est clôturée à Kashusha, où les participants ont visité les activités de l’entreprise Food Initiative, qui valorise les déchets biodégradables pour produire des champignons comestibles et du compost destiné à alimenter les cultures maraîchères.
L’après-formation

Selon le directeur du LHAGREN, les prochaines étapes consisteront à suivre de près ces partenaires et ces organisations dans leurs activités, et à continuer de les aider et de les orienter vers les bonnes pratiques en matière de protection de l’environnement dans leurs méthodes de travail et de création d’emplois dans le secteur de la gestion des déchets. Il s’agira également de s’assurer qu’ils mettent en pratique ce qu’ils ont appris.
« Et pour la suite, on sait que le partenaire GIZ sera avec nous et dira ce qui suivra aussi par rapport à leur prévision », promet Akonkwa Balagizi, directeur du LHAGREN.
Des résultats souhaités
Au terme de cet atelier, l’enjeu reste de transformer les connaissances acquises en actions concrètes sur le terrain. La mise en application des techniques apprises, le renforcement des collaborations entre entreprises et la sensibilisation de la population constituent des leviers importants pour améliorer durablement la gestion des déchets solides à Bukavu.
« Nous serons sûrs qu’ils ont mis en application ce qu’ils ont appris lorsqu’on verra par exemple des emplois verts créés dans le domaine de la gestion des déchets dans la ville de Bukavu ; moins de plastiques flotter à la surface des eaux du lac Kivu, à la centrale hydro-électrique Ruzizi 1. À ce moment, on se dira que les participants ont mis en application la matière apprise durant les 5 jours de formation », a déclaré le directeur du LHAGREN.
L’économie circulaire ouvre ainsi des perspectives pour concilier protection de l’environnement et développement économique. Selon le témoignage d’Aline, de l’organisation AGDD :
« Au sein de mon entreprise, nous sommes confrontés à plusieurs difficultés, c’est pourquoi la pérennisation de ces initiatives dépendra également de l’accès aux équipements adaptés, des subventions locales consistantes, de l’existence de débouchés commerciaux pour les produits valorisés et de l’engagement continu des acteurs publics, privés et communautaires. »
En misant sur la formation, l’innovation et le partage d’expériences, les entrepreneurs locaux peuvent contribuer à faire des déchets une ressource pour le développement local et à construire une ville de Bukavu plus propre, plus responsable et plus résiliente face aux défis environnementaux, a martelé le formateur Alex Ifundo.
Moïse a apprécié tous les échanges qui ont eu lieu lors des différents modules de formation. Selon lui, le contenu a été bien choisi et bien adapté. Il recommande au LHAGREN et à la GIZ de renforcer l’accompagnement technique et de rechercher des moyens financiers pour appuyer les organisations et les entreprises locales, soutenir les initiatives de valorisation des déchets ainsi que favoriser la mise en place de projets concrets et durables d’économie circulaire.
Joëlla recommande aux organisateurs d’accorder beaucoup plus de temps à la pratique qu’à la théorie.
« Que les partenaires clés soient impliqués régulièrement à tous les niveaux, surtout dans le plaidoyer, l’appui matériel et financier », conclut Joëlla.
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