Depuis plusieurs années, l’Est de la RDC est en proie à l’insécurité. Cette insécurité n’épargne personne, agresseurs comme agressés, et les conséquences sont souvent les mêmes. En analysant de près, on constate que les communautés sont instrumentalisées les unes contre les autres ; et pourtant, toutes dépendent presque exclusivement de la terre (agriculture, élevage, cueillette).
Pour le cabinet EKAGRI, concevoir une approche pertinente exige de partir des réalités du terrain, marquées par un double constat :
- i) Une insécurité chronique liée aux ressources : Le Kivu fait face à une instabilité permanente. L’accès à la terre, le chômage de masse des jeunes (qui les rend vulnérables au recrutement par les groupes armés) et les conflits fonciers transfrontaliers ou intercommunautaires sont au cœur de la crise. La rupture des chaînes d’approvisionnement et l’insécurité dans les zones rurales asphyxient aussi l’économie locale.
- ii) Le levier agricole majeur : En République Démocratique du Congo, plus de 80 % de la population vit directement de l’agriculture. La terre, bien qu’étant parfois une source de conflit, représente le plus grand employeur du pays et le moyen de subsistance principal des communautés du Kivu. Les hommes se battent la nuit à Bwegera, mais la journée, leurs femmes sont toutes dans la rizière de Kakamba. Dans les hauts plateaux de Minembwe, les combats font rage ; mais derrière ces conflits, les femmes se rendent ensemble aux champs et s’échangent des semences.
Il est donc évident que :
« Si l’insécurité détruit l’agriculture, l’absence de perspectives agricoles nourrit l’insécurité. C’est ce cercle vicieux que l’approche AgriPeace vise à briser ».
Quid de l’Approche « AgriPeace » ?
AgriPeace est une approche intégrée qui ne considère plus l’agriculture comme une simple activité de subsistance ou de production technique, mais comme un outil diplomatique, social et économique de stabilisation. Elle repose sur l’idée que la restauration des paysages, la sécurité alimentaire et l’intégration commerciale régionale (notamment au sein de la Communauté d’Afrique de l’Est – EAC) sont des piliers fondamentaux pour désamorcer les conflits.
L’idée est née de notre accompagnement des coopératives et des organisations paysannes dans le territoire d’Uvira. À Bwegera, dans le groupement de Kakamba, une réalité a particulièrement retenu notre attention. Ici vivent trois communautés : les Banyamulenge, les BaVira et les BaFuliru. Durant plusieurs années, des violences ont régulièrement été rapportées entre ces communautés. Pourtant, lors de nos activités d’appui-conseil auprès de ces populations, nous avons constaté que la plupart des coopératives ou organisations paysannes (OP) regroupaient des membres issus de toutes ces communautés. Elles allaient aux champs ensemble, se rendaient aux marchés ensemble et partageaient leurs semences. Elles vivent en paix et en concorde au sein de leurs groupements, alors même que leurs maris ou leurs fils s’affrontent. C’est sur la base de ce contexte que nous avons compris que l’agriculture peut être un élément catalyseur de paix et de vivre-ensemble.
3. Les Piliers Opérationnels d’AgriPeace au Kivu
Comment transformer concrètement l’agriculture en moteur de paix ? EKAGRI structure son expertise autour de quatre axes majeurs :
A. L’Aménagement Foncier Participatif et l’Agroforesterie Les conflits liés aux limites des parcelles et à la dégradation des forêts (pour la production de braises/charbon) alimentent les tensions. Il s’agit de promouvoir la Restauration des Paysages Forestiers (RPF) et l’agroforesterie. En intégrant des arbres fertiles ou d’ombrage dans les cultures de café ou les cultures vivrières, on stabilise les sols, on redéfinit les limites de manière naturelle et pacifique, et on crée de nouvelles sources de revenus durables. Nous faisons également la promotion des arbres fruitiers adaptés à la zone.
B. L’Insertion Économique des Jeunes et des Groupes Vulnérables Un jeune qui possède un emploi stable et rentable dans une chaîne de valeur agricole est un jeune qui refuse de rejoindre les groupes armés. Nous structurons des chaînes de valeur agricoles attractives (café, cacao, cultures maraîchères, agroécologie). EKAGRI accompagne la professionnalisation des coopératives agricoles locales en formant les jeunes non seulement aux techniques agricoles, mais aussi à l’entrepreneuriat, au marketing et à la gestion financière.
C. Le Commerce Transfrontalier comme Vecteur de Coopération Régionale Le Kivu partage ses frontières avec plusieurs pays de l’EAC (Rwanda, Burundi, Ouganda, Tanzanie). Les barrières non tarifaires et les tracasseries transfrontalières pénalisent les petits producteurs, en particulier les femmes. Dans ce contexte, EKAGRI va faciliter la fluidité du commerce des produits agroécologiques en formant les acteurs locaux aux réglementations de l’EAC. L’objectif est de transformer les frontières, autrefois zones de tension, en espaces d’échanges économiques mutuellement bénéfiques, renforçant ainsi l’interdépendance pacifique entre les communautés de la sous-région.
D. Les « Espaces de Dialogue Agricole » (Champs-Écoles de la Paix) L’agriculture rassemble les populations au-delà des clivages ethniques ou communautaires. EKAGRI utilise les plateformes de formation agricole (comme les champs-écoles ou les coopératives) pour intégrer des modules de résolution pacifique des conflits, de leadership et de cohésion sociale. Travailler la terre ensemble devient un vecteur pour réapprendre le vivre-ensemble. Nous avons développé des groupes de 20 agriculteurs, appelés « G20 ». Chaque groupe est équipé d’une tablette contenant toutes les informations de leur coopérative, les données sur le marché et les prix, ainsi que des vidéos interactives sur la paix et la cohésion sociale. Les mises à jour sont effectuées chaque semaine en faveur de ces G20.
4. AgriPeace vue sous trois dimensions
L’impact de cette approche se mesure à travers un triple dividende pour la paix au Kivu :

Chez EKAGRI, nous sommes d’avis que sans la paix, il n’y a pas de business florissant. Pour une paix durable, essayons des solutions qui n’ont pas encore été suffisamment exploitées.
Vous voulez accompagner EKAGRI dans cette aventure ?
Nous contacter à : info@ekagri.org
Ou par téléphone au : +243 982 315 625
Site web : www.ekagri.org
En savoir plus sur Mkulima Média
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

