RDC : Qui pour sauver le parc National de Kahuzi Biega

chargement au port Kasheke vers Goma. Braise PNKB Photo socive environnement
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« Sous les coups répétés des fusils et des pillages, les gorilles fuient, stressés, désorientés, parfois séparés de leurs groupes familiaux », David Kalenga, journaliste environnemental.

En moins de 25 ans le parc national de Kahuzi Buiega a perdu plus de 5% de superficie. Cette situation s’est aggravée avec la situation sécuritaire actuelle. La population des gorilles est à moins de 50%, les éléphants sont aussi menacés. En plus de la faune, la flore est aussi en danger. Les chimpanzés enregistrent un recul de 22 %. Chaque jour des hectares disparaissent aux coups de haches et des meuleuses. Le PNKB est aussi victime de l’exploitation artisanale des minerais. Ce parc va disparaitre si on n’agit pas.

Depuis 2022, deux provinces du Kivu dans l’Est de la RDC sont sous occupation de la rébellion AFC/M23. En plus des millions des Congolais déplacés, la faune et la flore de cette région est aussi en danger. Ces provinces théâtre des affrontements, constituent un hotspot de biodiversité, abritant des espèces menacées comme les gorilles de montagne, ainsi que deux sites classés au patrimoine mondial de l’UNESCO : les parcs de Virunga et de Kahuzi Biega. Ces zones protégées ont historiquement servi de bases opérationnelles pour divers groupes armés. Plus de 4 ans de guerre, bien des organisions se penchent sur le désastre humain, et détournent l’œil sur la question de la protection de la biodiversité en cette période trouble. Malgré la guerre, les actions de protection devraient être entreprises, pour protéger la biodiversité de la zone.

Le PNKB un patrimoine Mondial de l’UNESCO

L’histoire renseigne qu’en 1975, le PNKB avait obtenu son extension à 60000 hectares et c’est seulement en 1980 qu’il sera déclaré patrimoine mondial de l’UNESCO. En 1997, alors que la guerre prenait un pic alarmant avec notamment l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo et le Rassemblement Congolais pour la Démocratie, ce site devient patrimoine mondial en péril.

Avec ces hectares de terre, le Parc National de Kahuzi-Biega regorge des espèces animales et végétales très rares au monde ainsi que des réserves en minerais de 3T et de l’or.

Plusieurs années après, quelques efforts ont été entrepris pour optimiser la conservation et même la restauration de son écosystème mais sans aboutir à des résultats tangibles, ce qui a fait que le parc soit demeuré sous ce statut de patrimoine mondial en péril.

Depuis 2024, avec l’intensification des combats entre les rebelles de l’AFC/M23 appuyés par le Rwanda, selon plusieurs rapports des experts des Nations Unies, et la coalition gouvernementale de Kinshasa composée des Forces Armées de la RDC appuyée par l’armée burundaise, les Volontaires pour la Défense de la Patrie VDP et d’autres forces dont celles de la Communauté des Etats d’Afrique Australe, SADC, la situation a pris un tournant plutôt décisif pour ce qui du Parc National de Kahuzi-Biega.

Les conflits armés provoquent en général des dommages et des dégradations à l’environnement dont les conséquences peuvent s’étendre sur des années, et qui ont un impact important sur les vies des personnes touchées.

Basés sur des causes à la fois politique, économique, identitaire et géopolitique, les conflits armés constituent à ce jour l’une des dérives humaines qui menacent la paix et la sécurité collectives, tant au niveau interne de certains Etats qu’au niveau régional ou mondial.

« Sous les coups répétés des fusils et des pillages, les gorilles fuient, stressés, désorientés, parfois séparés de leurs groupes familiaux », David Kalenga, journaliste environnemental.

La Journée internationale pour la prévention de l’exploitation de l’environnement en temps de guerre et de conflit armé du 6 novembre 2017 fut l’occasion pour le Pape François de rappeler les effets dévastateurs des conflits armés sur l’environnement.

Immensités de dégâts

Les conflits armés nuisent à la biodiversité de nombreuses façons : en dégradant les forêts, les terres et les ressources naturelles, en accélérant la perte d’espèces et en entravant les efforts de conservation. Pourtant, la biodiversité joue un rôle crucial pour l’équilibre des écosystèmes, sa destruction peut avoir des conséquences durables et parfois irréversibles, aussi bien pour la faune et la flore que directement pour les populations humaines.

« La situation est hors de contrôle. Les coupeurs de bois entrent en plein jour, sachant que personne ne viendra les arrêter. La guerre a transformé le parc en une ressource exploitée sans scrupules. », renseigne un garde qui a requis l’anonymat.

Dans son ouvrage, Vivre et survire en RDCongo, Carlos Schuler, ancien directeur du PNKB, avait déjà alerté sur…… Depuis les années 1990, une succession de conflits a profondément affecté ces écosystèmes. Dans le Parc national de Kahuzi-Biega (PNKB), les éléphants ont frôlé l’extinction dans les années 2000. Les populations de gorilles ont aussi chuté, avant de retrouver leurs effectifs d’avant-guerre avec le retrait progressif des groupes armés du PNKB.  1997 marque le début des massacres des éléphants, abattus à la chaine. Des os ont été ramassés et entreposés à Madaka, un village voisin du parc. Les éléphants ont été les premières victimes suite à la vente de ses ivoires, un business qui rapporte aux belligérants.  Après les éléphants, les gorilles ont payé le prix. La même année, le gorille Ninjda, un gorille bien connu au monde a été fusillé sur la route pendant qu’il tentait de traverser la route avec sa fille. Il avait été criblé de balles et n’avait pas résisté. Après le conflit, le constat était amer. Plusieurs éléphants et gorilles étaient tués, d’autres amputés. Il a fallu beaucoup de travail de l’ICCN et de ces partenaires pour stabiliser la population des gorilles, restaurer les zones dégradées dans le parc. En moins de 30 ans la situation est redevenue compliquée.

2026, le parc livré à lui seul

C’est en février 2025 que les rebelles M23 sont arrivés au parc de Kahuzi-Biega et ses environs dont la ville de Bukavu, les centres de Miti, de Kavumu, de Katana et d’Ihusi. Ces centres sont situés entre le lac Kivu et le parc, et sont traversés par la route nationale numéro 2. Ce qui rend facile le transport du bois et des autres produits ligneux et non lignés issus du parc.

Début avril 2025, deux trois ports ont été ouvert celui de Kasheke, Ihimbi et Kaliba/Katana. C’est ici où tous les bois, les planches et les braises transitent pour aller à Goma, Bukavu et ailleurs. Selon les images satellites on constate que la superficie du parc se réduira de plus en plus. La vente des braise et déplanches sont des sources de revenus pour les rebelles. Selon un rapport de Pole Institute, la vente des braises permettrait aux rebelles de gagner en moyenne 9,6 millions de dollars par an. Selon Mongbay, les groupes armés n’exploitent pas forcément ces ressources eux-mêmes, mais autorisent les communautés locales, pour qui ces activités représentent un réel moyen de subsistance, à s’en charger. Ces civils sont ensuite taxés par les milices qui se portent garantes de leur sécurité à l’intérieur des zones protégées, et sont ensuite soumis à un impôt et autres tracasseries aux divers barrages routiers lors du transport des sacs contenant les braises.

Les conséquences pour la faune sauvage sont dévastatrices. Avant les conflits, la population de gorilles des plaines orientales était estimée à environ 17 000 individus . En 2016, les recensements suggéraient qu’il n’en restait qu’environ 3 800. Nous ignorons la situation actuelle des gorilles. Peut-être qu’après la guerre, nous serons mieux placés pour les observer et constater les dégâts.

Des efforts de conservation tombe à l’eau

Après plus de 30 ans de conservation, les efforts de l’Etat congolais avec ceux des communautés et des partenaires semblent tomber à l’eau. Il est difficile actuellement d’avoir des informations claires sur la faune du parc national de Kahuzi Biega car le site est inaccessible ni par les autorités de l’ICCN ni par ses partenaires. C’est après cette guerre que le bilan sera fait, mais à l’allure où vont les choses, le pire est à craindre et le travail sera ardu car habitué un gorille à la présence humaine prend environ 20 ans. Si les conséquences ne se font pas remarquermaintenant, dans les années à venir le risque d’avoir perdu tous les gorilles et d’autres espèces est grand. Le directeur des parcs, domaines et réserves de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature, Jules Mayifilua, avait déjà annoncé en octobre 2024, la perte de plus de 50% de la population animale du parc national des Virunga suite aux activités de la rébellion dans la province du Nord-Kivu. 

Alors que les combats se poursuivent dans l’est de la RDC , l’avenir des gorilles de Grauer demeure incertain. Pour Bikaba, coordinateur de l’organisation congolaise Strong roots, contacté par  the guardian, la leçon de ces trente années est sans appel : « S’il y a une chose à éviter dans la vie, c’est la guerre », affirme-t-il. « Si nous pouvons mettre fin à la guerre dans cette région, nous devons le faire. Quel qu’en soit le prix. »

Que dit la loi

 L’adoption du cadre des Nations Unies sur la biodiversité pour l’après-2020 (a) sera une étape clé vers la concrétisation de la vision définie à l’horizon 2050 par la Convention pour la biodiversité biologique : « vivre en harmonie avec la nature ». Or il faut bien reconnaître qu’il est parfois très difficile de cohabiter avec la nature, et en particulier avec les espèces sauvages, et que les solutions mondiales ne sont pas toujours facilement transposables au niveau local.

Le droit international humanitaire (DIH), qui régit les conflits armés, a été révisé pour inclure des règles qui protègent des atteintes aux ressources naturelles. Le Protocole I additionnel aux Conventions de Genève (1977) a introduit des restrictions claires sur les moyens et méthodes de guerre, interdisant des actions qui causeraient des dommages « étendus, durables et graves » à l’environnement naturel. Il interdit également les attaques contre l’environnement à titre de représailles. Par ailleurs, la Convention ENMOD de 1976 interdit d’utiliser des techniques de modification de l’environnement à des fins militaires ou à toutes autres fins hostiles.

Dans un article publié par Thomas Roos  dans le journal Quid Justitae, il précise que les parties à un conflit armé ont l’obligation de respecter et faire respecter les règles protégeant l’environnement naturel et d’adopter toutes les mesures nécessaires pour mettre en œuvre de telles protections (Article 1 commun aux Quatre Conventions de Genève ; Règles 139 et 140 de l’Étude du CICR sur le DIH coutumier). Ces mesures incluent les poursuites pour crimes de guerre et la prise de mesures pour d’autres violations du DIH (respectivement les articles 4950129 et 146 des Quatre Conventions de Genève ; article 85 du PA I ; Règle 158 de l’Étude du CICR sur le DIH coutumier).

Dans le même sens, le Statut de Rome de la Cour pénale internationale criminalise en tant que crime de guerre en contexte de conflit armé international le fait de diriger intentionnellement une attaque en sachant qu’elle causera incidemment des dommages étendus, durables et graves à l’environnement naturel qui seraient manifestement excessifs par rapport à l’ensemble de l’avantage militaire concret et direct attendu (Statut de Rome, article 8.2.b)iv)).

De plus, le CICR recommande que les parties à un conflit armé établissent des accords spéciaux pour offrir une protection supplémentaire à l’environnement naturel. L’identification de zones à grande importance environnementale ou à la fragilité particulière (à l’image des parcs nationaux, des réserves naturelles, des zones clés pour la biodiversité, etc.) et leur désignation en tant que zones démilitarisées, autant en temps de paix qu’en temps de guerre, a particulièrement été mise en avant (Directives du CICR, paras 138 et suivants).

En 2001, l’Assemblée générale des Nations Unies a déclaré le 6 novembre Journée internationale de la prévention de l’exploitation de l’environnement en temps de guerre et de conflits armés dans le but de rendre public les dommages causés à l’environnement en temps de guerre, et le 27 mai 2016, le Programme des Nations Unies pour l’environnement a adopté une résolution reconnaissant le rôle que jouent les écosystèmes sains et les ressources gérées de manière durable dans la réduction des risques des conflits armés, et a réaffirmé son ferme attachement à la mise en œuvre intégrale des objectifs de développement durable.

Quoi faire

Lors de la célébration du 55ème anniversaire de ce parc, plus de 70 chercheurs avaient plaidé pour des actions urgentes impliquants les gouvernements, les organisations internationales et les acteurs locaux. Ils doivent travailler ensemble pour intégrer la protection de l’environnement dans les stratégies de gestion des conflits, tout en renforçant l’application du droit international humanitaire et en soutenant les initiatives de conservation en temps de guerre.

Bien des militaires ne sont pas formés sur les aspects environnementaux et le cadre juridique qui les accompagnent. La sensibilisation des militaires aux enjeux environnementaux et au cadre juridique existant est primordiale. Cette approche est soutenue par les Directives sur la protection de l’environnement naturel en période de conflit armé du CICR. Elles recommandent de diffuser les règles du DIH protégeant l’environnement naturel et de les intégrer « dans la doctrine, l’instruction, la formation et les systèmes disciplinaires » des forces armées. La formation des militaires à ces normes favoriserait à la fois la conformité légale et aussi l’émergence d’une culture universelle de respect du DIH et de l’environnement. 

Au-delà des instruments juridiques nationales et internationales, l’urgence s’impose pour appuyer la protection des aires protégées du Kivu en cette ^période de conflit. Laisser les rebelles ou d’autres milices faire ce qu’ils veulent aveuglement, expose au risque de perdre ces patrimoines. Plusieurs pays ont dû faire face à ce type de situation en engageant directement le dialogue avec les belligérants, afin de permettre aux gardes de poursuivre leur mission sachant que les gardes sont neutres en cas de conflit.

Par Justin Murhula


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